samedi 9 mai 2015

J’avais rendez-vous à la première heure avec le numéro un…

Le grand patron avait la réputation de vouloir tout contrôler, et tenait à huiler en personne tous les rouages de la machine dont il était le pilote. Je n’étais pourtant que l’un des innombrables prestataires qui sous-traitent occasionnellement le travail de son entreprise.
Arrivé à l’heure au pied de l’immeuble de verre, l’accueil aseptisé m’a indiqué l’étage et j’ai pris la direction de l’ascenseur. Une fois là-haut, je pensais mariner au moins une vingtaine de minutes. Mais surprise, à l’heure pétante, le numéro un est apparu sur le pas de la porte de son bureau et après de brèves salutations m’a invité à entrer.
Pas de secrétaire en vue, un bureau, une table de réunion, des piles de dossiers çà et là. Nous avons pris place autour de la table. Je m’attendais à un entretien bref et pragmatique, l’homme ne s’éternisait que rarement en discussions de courtoisie. Je lui trouvais pourtant un air inspiré, comme s’il avait longuement attendu notre rendez-vous.

Il commença : Pensez-vous qu’il puisse exister un champ subtil, une sorte de matrice universelle où nos esprits forment un tout ? J’acquiesçais timidement, assez surpris par l’entrée en matière. Il poursuivit : un lien mental permanent, direct et instantané, auquel rien, ni personne ne peut se soustraire ?
J’acquiesçais à nouveau, cherchant à repérer autour de moi un détail me prouvant que je ne rêvais pas.
Il reprit : un lien qui passe par notre conscience, même dans l’inconscience et qui ne connaît pas de limite ou de distance. De par lequel rien ne peut être caché, que rien ne peut abuser. Une connexion qui nous met à nu, nous reliant à un niveau où tout est interdépendant. Sorte de réceptacle de tout ce qui a été, est, ou sera.

Un ange est passé… Imaginez un champ auquel nous sommes tous reliés par nos historiques, nos pensées, nos expériences même les plus secrètes. Où chaque seconde de notre vécu s’inscrit et fusionne avec le vécu des autres. Un champ porteur de quelque chose qui ressemble à un ordre, habité de sens, donneur d’écho, de résonances et qui parle à qui sait l’entendre. Telle une conscience aux multiples facettes, sorte d’entité vivante qui entretient un rapport particulier avec chacun de nous.
Nouveau silence… Envisagez ce fil qui nous relie sans passer par la voie des sens. Ce lien immatériel qui existe en dehors des lois de l’espace et du temps.
Ce champ où nos façons d’être s’inscrivent en toute vérité. Représentez-vous l’empreinte que nous y laissons. Cette trace de notre rapport au monde, reflétant la vraie nature de notre conscience. Me suivez-vous ?

Lire le passage du Nord-banc